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Littérature

  • Carrie Fisher - Bons Baisers d'Hollywood (Postcards From The Edge)/ma lecture

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    Overdose est un mot courant à Hollywood.

    Mais pourquoi ? Trente ans, la beauté, l'argent, une carrière d'actrice... Il faut croire que ça ne suffit pas pour être content de soi. Surtout quand on est intelligent. C'est peut-être ça, le problème de Suzanne Vale: comment se sentir à l'aise dans un monde dominé par le fric, l'aérobic, le cholestérol et la psychanalyse, quand on a le sens de l'humour et de la dérision ? De quoi flipper, non ?

    Actrice gâtée et superstar pas du tout en toc, Carrie Fisher a écrit quelques livres où elle contait sa vie avec une certaine franchise, chose rare pour une vedette de son rang...
    Ainsi, POSTCARDS FROM THE EDGE (ridiculement mal-traduit en français par » Bons Baisers Hollywood ») nous confie tout son long les démêlés d'une actrice avec la drogue et l'alcool qui finiront souvent en séjour en clinique psychiatrique avec aussi la nature de ses relations amoureuses ; le tout agrémenté d'un certain cynisme digne d'une parfaite célibataire...

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    Bien sûr, quelques passages sont un peu trop redondants et Fisher confond parfois ironie avec mièvrerie mais POSTCARDS FROM THE EDGE a le mérite de détenir une vraie fraîcheur entre ses lignes !
    De plus, l'auteure décrit ici Hollywood avec une certaine force (ce qui fait d'ailleurs paraître à côté bien ridicule ces membres du show-business franchouillard voire communautaire...) dont l'enfer des castings et les auditions réalisés par des incapables professionnels juste payés pour humilier les acteurs. Ce qui réalise un bonus pas négligeable à découvrir, donc.

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    Et puis la personnalité de Fisher, sorte de néo-hippie californienne typique, fait merveille tout le long des chapitres même si le récit finit un peu abruptement sinon teinté de ragots assez anodins : il est malgré tout plaisant d'avoir à portée quelqu'un qui sait de quoi elle parle et qui n'est pas figée dans une posture martyre malgré ses gestes de petite-fille privilégiée féministe avant l'heure.
    Sans aucun doute, ses récits affleurent donc la pure vérité et également, la plume de cette princesse galactique via cette Suzanne Vale a le bon goût de préférer l'imagination à la réalité.

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    D'autant plus aujourd'hui où l'on sait comment a fini l'actrice et malgré ses piteuses défaites face à l'addiction.

                             

  • Et tous mes amis seront des inconnus - Larry McMurtry/ma critique

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      "Je suis inaccessible. C'est pour ça que je ne couche jamais avec personne."

     

    Rien à dire sur ce classique de la littérature ; que beaucoup devraient lire. (Enfin, si seulement les gens lisaient encore les bons livres, et en allant jusqu'au bout.) D'abord, l'épopée de Danny commence par sa liaison avec Sally, cette psychotique débile qui refusera à son mari ce qu'elle se permet elle-même à haut-débit. Il faut savoir que cette supernova fait toute l'énergie du roman et constitue même sa matière noire intrinsèque.

    Par contre si « Et tous mes amis seront des inconnus » commence comme une célèbre chanson country, son récit n'appuie jamais sur ce qui est officiel, révélé, et accepté par un peu tout le monde : au contraire le narrateur nous entraîne sans arrêt sur des autres voies beaucoup moins aisées et faciles. Cela produisant sans doute le fait que beaucoup des lecteurs de ce chef d'oeuvre ne vont pas jusqu'à la dernière page...

    Le coté nostalgique de Danny Deck est également pensé et prouvé, tout le long de la lecture on est à priori d'accord avec lui du fait qu'il a tout simplement raison et qu'il ne perce que l'imposture. Pas d'énigmes cachées dans les feuilles d'automne, donc. De telle sorte qu'il n'y a aucune mélancolie non-justifiée dans « Et tous mes amis... » et sa déprime récurrente n'est pas le conte du serpent qui se mord la queue en nourrissant sa propre névrose, c'est juste dû à des choses bien concrètes telles que, par exemple, la sobriété du héros avec son immense simplicité.

    Après tout, Danny se remet en question à perdre haleine et même lorsqu'il débarque à la splendide San Francisco, et même quand il joue au ping-pong avec Wu. Ce qui ne le sert pas du tout puisqu'il se fait quand même virer par un peu tout le monde, voire constamment agresser. Peut-être est-ce justement la raison pour laquelle ce roman pourra être relié par certains à énormément de films de cinéma, dont « Le Déclin de l'Empire Américain » avec aussi « La Dernière Séance  « . (Et forcément puisque il s'agit du même auteur.)

    Nous vivons dans un monde juste un peu idiot et envahi par une superficialité contagieuse, sinon obligatoire. C'est ce que Danny Deck conclut dans le désert en voiture, et inutile de dire qu'il est dans le vrai.

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                                                         Larry McMurtry


    Enfin, les multiples rencontres de Danny ne font que prouver ses doutes pourtant infimes, à commencer par la terrible frivolité de Jill ; la préférée de Danny qui pourtant ne carbure qu'au narcissisme éhonté. De même, Jill travaille à Hollywood et comme Danny le fait remarquer, celle-ci représente l'ordre établi ; donc la morale et le dasein. Ce qui ne l'empêche pas d'ailleurs de succomber comme la plupart des petits bourgeois occidentaux au BAC du samedi soir (Baise – Alcool – Came) pour se sentir cool.
    Même la sympathique Emma n'est que le pendant négatif de Jill !

    Reste d'autres figures et de nombreuses caricatures très amusantes qu'on découvre agréablement au fil des chapitres et que je ne dévoilerai pas pour ne pas étouffer ce récit qui trace sa route extrêmement bien tout seul, et encore aujourd'hui.

    larry mcmurtry houston san francisco


    Inutile d'ajouter que « Et tous mes amis seront des inconnus » est également un ouvrage infiniment subversif voire érotique, beaucoup plus que d'être un quelconque requiem du western comme j'ai entendu dire aux Inrocks. C'est même ce qui fait sa force.

     

  • "Pimp", ou la vie d'un original sur le fil

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    Ce livre empli jusqu'à la gueule d'un parfait racisme anti-blancs (et aussi d'un énorme mépris de la femme) enseigne la loi de la rue et comment être mac: toutefois Iceberg Slim opère une vague repentance au dernier chapitre, tout en faisant observer que la plupart du temps son trafic et ses méthodes n'ont jamais choqué grand-monde vu que certaines filles du trottoir dépendaient totalement de la drogue qu'il fournissait, et surtout du fait que certains fonctionnaires étaient trempés dans ses affaires...

    Malgré tout, vu sa franchise je ne dirais pas du tout qu'Iceberg Slim est un parfait rien mais il est tout de même étonnant qu'aujourd'hui encore d'aucuns de ces nombreux intellectuels et rappers citent son oeuvre en exemple ("Pimp" ayant d'ailleurs été édité à plus de 6 millions d'exemplaires) ! Bref, l'ensemble prête parfois à rire et comme - contrairement à ce que d'autres mauvais esprits ont prétendu avant moi- son style infiniment littéraire tient la route, la lecture de cette biographie de tout un monde pourra être irréprochable à l'esprit, ce pourquoi, de plus, une ou deux critiques du livre "Pimp" aperçues ça et là sont très incorrectes sinon inexactes: Iceberg Slim n'a rien de drôle, et n'a rien à voir non plus avec des demeurés people voire "bling-bling".

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    On relèvera également au fil des épisodes de "Pimp" les piques à la Dickens et de même celles-là aiguisées contre ces Oncles Tom serviles et obéissants qui ne voient rien d'aberrant dans cette société dégénérée sur les bords qui est, après tout, la nôtre.

    A souligner aussi la valeur de "Pimp" pour son slang pur jus et imagé; donc des gros mots concernant nombre de ces "morues", "caves", "michetons", "pigeons", et divers "rats" et autres "ronds-de-cuir", que Slim a croisé durant son existence. Bref, il est parfois cruel mais il sonne vrai. Raison pour laquelle la version en V.O reste hautement préférable !