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Mon Esprit Critique - Page 5

  • Gangster Squad - Paul Lieberman/ou la revanche du chevalier noir...

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      "Je serre pas la main aux putains de maquereaux."

     

    Ce livre est l'explication du film éponyme, dans GANGSTER SQUAD, les faits sont donc avérés et le fond historique. Egalement, la trame est ici digne des anciens contes : le vilain a un gros nez et les mains crochues et le héros ; ce chevalier noir, est un blond avec un fier destrier. Peut-être est-ce la raison pour laquelle la démesure de GANGSTER SQUAD n'a pas plus à tout le monde, et surtout à ces critiques eunuques et branchouilles départis de colonne vertébrale...

        Car si le film cultivait un certain académisme avec certains clichés, il ne faisait que parler d'une réalité effective : GANGSTER SQUAD est le nom d'une brigade spéciale de police formée et commandée après-guerre par une instruction sur le crime organisé.

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    Dépendante du LAPD (la police de Los Angeles), cette formation comptait 8 membres et ses méthodes, quoique plutôt musclées ou discutées par certains, ont été bien souvent couronnées de succès. Dans GANGSTER SQUAD est donc détaillé surtout les missions secrètes de Con Keeler (spécialiste des écoutes et du tracage téléphonique), Jerry Wooters (playboy trompe-la-mort), John O' Mara (détective fin limier), principaux membres du GANGSTER SQUAD, et aussi de leur chef charismatique Bill Parker.

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    Par ailleurs, ce récit narre dans les faits certaines personnalités, et bien souvent en pulvérisant les idées toutes faites des bonnes gens, comme ce mythe du gangster courageux, rusé, et avenant : tel que Mickey Cohen, qui était en vrai un type brutal pas très malin et surtout profiteur.

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    Ici on n'est pas chez Scorcese, on n'embellit pas l'évidence et on ne prend pas l'industrie du jeu et du sexe pour une cour de récréation !

    Personnellement, j'ai beaucoup apprécié cette histoire sans prétentions. Le ton est propre au roman noir, et, bien que cela rappelle parfois la bibliothèque verte de notre enfance, le tout est encore puissamment d'actualité...

     

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  • Masculin, Féminin/ma critique de ce culte des 60's

     

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    "Je n'aime pas les prostituées. Elles sont froides."

     

    Œuvre délicate figée dans ce moment où tout est encore possible, avant que le vulgaire ne dise oui (ou plutôt, non) à l'aventure et avant que le feu de la passion ne soude les corps pour toujours, "Masculin, Féminin" du rusé Godard se laisse aisément voir et n'a que très peu vieilli.

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    Après tout le décorum urbain du film, qui montre le combat psychologique d'un homme attaqué de front par deux femmes (ou, diront les mauvais esprits, d'un pauvre type loyal coincé entre deux coquines) est très actuel sinon tout à fait contemporain. Et, bien sûr, si son réalisateur culte a affirmé lors de la sortie de ce long-métrage que son scénario est tiré à la base d'une nouvelle de Maupassant, ce n'est évidemment pas sans raison si sa vision prend aux tripes du fait de sa solide intensité dramatique, et même si le tout est un peu longuet. C'est là qu'on observe une régression maussade de notre société plutôt bourgeoise qui ne tolère, en tout état de cause, aucune indépendance réelle surtout si celle-ci n'est pas étiquetée !

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    "Masculin, Féminin" est aussi un véridique instantané de son temps et de Paris, ville qui n'a que finalement très peu muté de nos jours et qui paraît pourtant encore aujourd'hui étrangement très proche de l'année de la fabrication de ce film (1966), en pleine guerre du Vietnam. Bien que pourtant, notre période du 21ème siècle est post-ère hippie et post-libération sexuelle pour autant que l'on sache. Toute la durée des bobines on a aussi l'impression notoire d'évoluer dans un sanctuaire surfait voire envahi par la déshumanisation et qui n'existe que pour les pigeons à monnaie: autant donc pour les fans de Robert Doisneau qui est ici lapidé en place publique, n'est-ce pas ?

    On adorera de même la scène prise sur le vif du typique café parisien cra-cra et également celle du lit où Madeleine veut encore jouer à touche-pipi; preuve qu'elle n'est pas lesbienne à 100% comme l'ont prétendu ces autres qui n'ont rien compris au film. D'autre part, le coté technique d'une des dernières séquences se déroulant dans un studio d'enregistrement est suffisamment édifiant: il y est montré comment sont fabriquées de A jusqu'à Z certaines idoles...

    jean luc godard

    Au fond nous dirons que "Masculin, Féminin" est comme l'huile de foie de morue, il est nécessaire de l'ingurgiter même si cela a mauvais goût et de l'oublier ensuite pour y voir clair. Ses répliques cinglantes comme un coup de feu possèdent la chaleur de la vérité, sans compter le jeu admirable affûté comme un solitaire des trois acteurs protagonistes comme on aimerait en voir plus souvent... dans un film français d'aujourd'hui.

  • Et tous mes amis seront des inconnus - Larry McMurtry/ma critique

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      "Je suis inaccessible. C'est pour ça que je ne couche jamais avec personne."

     

    Rien à dire sur ce classique de la littérature ; que beaucoup devraient lire. (Enfin, si seulement les gens lisaient encore les bons livres, et en allant jusqu'au bout.) D'abord, l'épopée de Danny commence par sa liaison avec Sally, cette psychotique débile qui refusera à son mari ce qu'elle se permet elle-même à haut-débit. Il faut savoir que cette supernova fait toute l'énergie du roman et constitue même sa matière noire intrinsèque.

    Par contre si « Et tous mes amis seront des inconnus » commence comme une célèbre chanson country, son récit n'appuie jamais sur ce qui est officiel, révélé, et accepté par un peu tout le monde : au contraire le narrateur nous entraîne sans arrêt sur des autres voies beaucoup moins aisées et faciles. Cela produisant sans doute le fait que beaucoup des lecteurs de ce chef d'oeuvre ne vont pas jusqu'à la dernière page...

    Le coté nostalgique de Danny Deck est également pensé et prouvé, tout le long de la lecture on est à priori d'accord avec lui du fait qu'il a tout simplement raison et qu'il ne perce que l'imposture. Pas d'énigmes cachées dans les feuilles d'automne, donc. De telle sorte qu'il n'y a aucune mélancolie non-justifiée dans « Et tous mes amis... » et sa déprime récurrente n'est pas le conte du serpent qui se mord la queue en nourrissant sa propre névrose, c'est juste dû à des choses bien concrètes telles que, par exemple, la sobriété du héros avec son immense simplicité.

    Après tout, Danny se remet en question à perdre haleine et même lorsqu'il débarque à la splendide San Francisco, et même quand il joue au ping-pong avec Wu. Ce qui ne le sert pas du tout puisqu'il se fait quand même virer par un peu tout le monde, voire constamment agresser. Peut-être est-ce justement la raison pour laquelle ce roman pourra être relié par certains à énormément de films de cinéma, dont « Le Déclin de l'Empire Américain » avec aussi « La Dernière Séance  « . (Et forcément puisque il s'agit du même auteur.)

    Nous vivons dans un monde juste un peu idiot et envahi par une superficialité contagieuse, sinon obligatoire. C'est ce que Danny Deck conclut dans le désert en voiture, et inutile de dire qu'il est dans le vrai.

    larry mcmurtry houston san francisco

                                                         Larry McMurtry


    Enfin, les multiples rencontres de Danny ne font que prouver ses doutes pourtant infimes, à commencer par la terrible frivolité de Jill ; la préférée de Danny qui pourtant ne carbure qu'au narcissisme éhonté. De même, Jill travaille à Hollywood et comme Danny le fait remarquer, celle-ci représente l'ordre établi ; donc la morale et le dasein. Ce qui ne l'empêche pas d'ailleurs de succomber comme la plupart des petits bourgeois occidentaux au BAC du samedi soir (Baise – Alcool – Came) pour se sentir cool.
    Même la sympathique Emma n'est que le pendant négatif de Jill !

    Reste d'autres figures et de nombreuses caricatures très amusantes qu'on découvre agréablement au fil des chapitres et que je ne dévoilerai pas pour ne pas étouffer ce récit qui trace sa route extrêmement bien tout seul, et encore aujourd'hui.

    larry mcmurtry houston san francisco


    Inutile d'ajouter que « Et tous mes amis seront des inconnus » est également un ouvrage infiniment subversif voire érotique, beaucoup plus que d'être un quelconque requiem du western comme j'ai entendu dire aux Inrocks. C'est même ce qui fait sa force.